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Le 9 mai dernier, pour fêter l’Europe et le 10e
anniversaire d’Eusaf, l’association a proposé à des personnalités
européennes de participer à une conférence-débat sur le thème « Les élections européennes, nécessité et ambitions »
et d’éclairer les citoyens sur les enjeux des élections, elle a
demandé à Marianne
Ranke-Cormier, tête de liste pour l’Île-de-France de « Newropeans » et Jean-Claude Houdoin, conseiller d’Eusaf d’en débattre.
Manoubia Debbiche, conseillère d’ « Eusaf », et modératrice a
tout d’abord présenté les deux invités. Marianne Ranke-Cormier est franco-allemande. Juriste de
formation, elle a exercé dans un cabinet franco-allemand pendant une
quinzaine d’années. Elle travaille aujourd’hui sur différents projets
dont notamment le développement de brevets européens. Diplômé de
l’Institut d’Administration des Entreprises d’Aix-en-Provence, du
Centre Européen de Développement d’Éducation Permanente de
Fontainebleau et docteur en Sciences des organisations de
l’université de Paris-Dauphine, Jean-Claude
Houdoin a exercé au sein d’un groupe automobile des postes de
Contrôleur de gestion, de responsable clientèle et a dirigé des
filiales financières en Europe et à l’International.
Elle a ensuite lancé le débat en s’interrogeant
sur la motivation du citoyen européen, sur le risque de voir se
réaliser la faible participation annoncée par tous les sondages alors
que le rôle du Parlement européen s’accroît et son influence augmente
dans la vie quotidienne.
Avant de prendre les questions de la salle, elle
a proposé à Marianne Cormier de présenter son programme et à
Jean-Claude de réagir sur ses propositions.
Marianne Ranke-Cormier
« Newropeans» est un
mouvement transeuropéen non partisan au sens classique du terme. En
effet, ce mouvement, qui a pris sa forme actuelle après les
référendums néerlandais et français de 2005, est bien implanté aux
Pays-Bas, en Allemagne et en France, pays dans lesquels il présente
des listes de candidats. « Newropeans » est
aussi présent en Italie, en Espagne et a vocation à s’étendre aux autres
pays européens. Son objectif est de créer une véritable démocratie en
Europe en donnant le pouvoir au Citoyen et en favorisant la création
de partis vraiment européens. Il faudrait aussi que les procédures
soient unifiées : droit de vote au même âge, mêmes règles
d’attribution des sièges, des partis européens présentant des listes
européennes sur des programmes européens…
En Europe aujourd’hui, le pouvoir est exercé
par des chefs d’états élus davantage pour défendre des intérêts
nationaux que pour promouvoir l’Europe, et par des politiciens désignés
par un parti préoccupé par des problèmes nationaux. Le pouvoir
exécutif est exercé par une Commission dont le président est proposé
par le Conseil Européen et les commissaires désignés par les pays
après validation du Parlement Européen. La gestion au quotidien est
assurée par des fonctionnaires protégés par un statut que rien ne
peut remettre en cause, et qui subissent la pression de lobbyistes.
Dans une Europe élargie, les futurs traités
devraient être soumis à un référendum citoyen transeuropéen et non à
des « referenda » nationaux. Or
aujourd’hui, après le «non » français de 2005, il a été décidé
de ne pas soumettre l’adoption du traité de Lisbonne à l’accord des Français…
Cela ne me semble pas être très démocratique.
Jean-Claude Houdoin
Je voudrais intervenir sur la question du
traité de Lisbonne. Je ne peux pas laisser dire que le processus
d’adoption par le Parlement français n’est pas démocratique. En
effet, le texte a été approuvé par l’Assemblée Nationale et par le
Sénat qui sont parfaitement habilités pour le faire. Les membres de ces
deux institutions parlementaires sont élus démocratiquement. D’autre
part, proposer aux électeurs de répondre par « oui » ou par
« non » à une question complexe ne me paraît pas la
meilleure solution. Le
référendum n’est pas forcément la procédure la mieux adaptée et peut,
au contraire, ouvrir la porte à la démagogie. Le résultat du
référendum de 2005 indique clairement une coalition de
« nons » très différents selon que l’on était,
souverainiste, de droite, de gauche.
Je partage l’avis de Marianne sur la perfectibilité des institutions
européennes, mais chaque étape de la construction européenne est un
progrès. L’Europe d’hier est différente de l’Europe d’aujourd’hui qui
elle-même est très certainement différente de l’Europe telle qu’elle
sera demain. C’est une richesse pour l’Europe que de savoir évoluer,
s’adapter au monde qui change.
Je voudrais également revenir sur l’inquiétude
manifestée par notre modératrice. Les derniers sondages annoncent un
probable record d’abstentions. Quand on l’interroge, le citoyen
européen motive son « désintérêt » par sa méconnaissance du
rôle de l’eurodéputé (64 %), par le sentiment que « mon
vote ne change rien » (62 %). Il est de notre
responsabilité d’informer nos concitoyens sur les pouvoirs du
Parlement et de leur répéter que chaque voix, chaque vote compte. S’ils
ne votent pas, ils laissent les autres décider pour à leur place. En
tant que membre de plusieurs associations européennes, je n’ai aucune
autre consigne de vote que votez, VOTEZ, VOTEZ….
Manoubia Debbiche
Le débat est maintenant lancé, Mme Ranke-Cormier, voulez-vous
nous parler de votre programme, de votre « ambition » pour
l’Europe ?
Marianne Ranke-Cormier
La campagne de « Newropeans »
s’articule en quatre volets :
-
une Europe plus démocratique
-
une Europe pour les Européens
-
une Europe qui protège ses
citoyens
-
la place de l’Europe dans le
monde
J’ai abordé tout à l’heure le premier point,
aussi est-il temps de préciser que l’Europe que nous voulons
construire est l’Europe des européens. Pour cela nous voulons
intégrer la dimension européenne dans les domaines de
l’éducation, la mobilité, l’apprentissage des langues, les
télécommunications, la communication, les médias et les transports.
Tous ces secteurs ont en commun d’être des vecteurs de rapprochement
des européens et des peuples européens.
Nous voulons ainsi :
-
favoriser la mobilité européenne
en développant un programme d’échanges de type « Erasmus » pour 500 000 jeunes
citoyens ;
-
encourager l’apprentissage d’au
moins deux langues européennes dans toutes les classes du secondaire ;
-
favoriser pour les associations,
l’émergence d’un statut européen transfrontalier qui permettre aux
citoyens de bénéficier des mêmes droits, des mêmes possibilités que
ceux donnés aux entreprises ;
-
décentraliser les institutions
européennes hors de Bruxelles pour rapprocher l’Europe des
citoyens ;
-
assurer des coûts de
communications transfrontalières (télécom et transport) aussi bas que
possible au sein du territoire de l’Union.
Dans le domaine de la protection du citoyen
contre les excès du marché, « Newropeans » veut renforcer
les droits du consommateur, favoriser le développement durable, la
sécurité sociale… et mettre en place une réglementation transeuropéenne
de la sphère financière.
Jean-Claude Houdoin
Je pense comme Marianne que les deux premiers
sujets qu’elle vient de développer sont essentiels. Il me semble cependant
que l’Europe travaille déjà sur ces questions depuis plusieurs
années. Et si, certes, le programme « Erasmus » n’est pas
encore étendu à 500 000 jeunes, l’apprentissage de 2 langues
européennes ne me paraît pas une nouveauté. Et je répète que
j’approuve pleinement ces propositions.
Marianne Ranke-Cormier
Merci. Le dernier volet de notre programme
concerne la place de l’Europe dans le monde. L’émergence de nouvelles
puissances comme la Chine, l’Inde, le Brésil, a réduit le rôle des États
nations de l’Europe. « Newropeans »
souhaite donner à l’Europe un rôle international reconnu. Nous proposons :
- un siège unique au conseil de
sécurité de l’ONU,
- une politique de défense
européenne commune,
- une politique de premier plan
pour régler le conflit israélo-palestinien
- une politique d’immigration qui
aille de pair avec une politique de développement
- un rôle proéminent pour
construire le système international
- une politique internationale
guidée par les intérêts des Européens
Jean-Claude Houdoin
Pour l’européen « fédéraliste » que
je suis, ces propositions ne me choquent pas du tout. On pourrait
compléter cette liste en ajoutant une armée commune, mais peut-être
que cela est sous entendu dans la défense européenne commune. Je ne
suis hélas pas certain, que ces objectifs soient réalisables dans
l’horizon de la prochaine législature, car bon nombre de pays européens
ne sont pas prêts à l’accepter. Si le traité de Lisbonne finit pas
être approuvé, il apportera un début de solution dans ce sens avec la
création du Président du Conseil Européen élu pour deux ans et demi,
la création du haut représentant aux affaires étrangères.
Manoubia Debbiche
Pour respecter nos contraintes horaires, je
voudrais donner la parole à la salle en prenant une première
question.
1ère
intervention de la salle (synthèse de la première salve de
questions par le modérateur)
« Pour
le citoyen moyen, les institutions européennes paraissent compliquées
et surtout préoccupées par des problématiques très éloignées des
difficultés du quotidien. La vie de tous les jours, c’est la peur du
chômage, c’est le pouvoir d’achat ».
Jean-Claude Houdoin
Je comprends vos inquiétudes, mais ne croyez
pas que l’Europe les ignore. Le Parlement Européen, représenté dans
cette salle, procède à des enquêtes régulières appelées des « eurobaromètres ».
Le dernier sondage montre que le chômage est devenu avec 57 % la
première préoccupation (en progression de 10 points par rapport à
l’enquête précédente), la croissance économique le second sujet avec
52 % (en progression de 7 points), l’inflation et le pouvoir
d’achat le troisième sujet avec 40 %. Y répond-il de façon
satisfaisante aux yeux des citoyens ? Sondés également sur cette
question, 44 % des européens considèrent que les États membres
ont réagi de manière individuelle à la crise (contre 39 %). Et
61 % considèrent qu’ils auraient été mieux protégés si les États
membres adoptaient une approche coordonnée. Il est donc clair que le
citoyen européen n’approuve pas l’action individuelle des États
membres et qu’ils attendent plus d’efficacité d’une réaction
collective.
Marianne Ranke-Cormier
« Newropeans » partage
votre analyse et veut rapprocher l’Europe du citoyen en
décentralisant ses institutions. « Newropeans »
veut aussi rendre l’Europe plus forte pour qu’elle soit mieux
entendue et qu’elle puisse mieux défendre ses intérêts. Divisée,
l’Europe est faible et ne peut négocier en tant que puissance que
cela soit dans la défense de ses intérêts commerciaux, financiers,
dans les domaines de l’énergie ou du développement durable.
2e intervention de la salle :
« L’Europe
sociale n’existe pas et la concurrence est déloyale à l’intérieur de
l’Europe. N’est-il pas temps d’imposer à tous des règles sociales
communes et d’interdire le dumping social et fiscal ? L’Europe
c’est la porte ouverte à la mondialisation, c’est la concurrence des
pays à bas coût, c’est la remise en cause des avantages sociaux
acquis dans un environnement sécurisé par des frontières fermées ».
Marianne Ranke-Cormier
Nous voulons une Europe pour les européens et
non une Europe au service de multinationales, soumise à la volonté
des puissances comme les États-Unis ou la Russie qui défendent admirablement
leurs intérêts et ne voient dans une Europe qu’un marché. Nous voulons
une Europe qui protège le citoyen, le consommateur, les travailleurs.
Nous voulons aussi défendre le tissu économique des petites et
moyennes entreprises en assurant que l’Europe développe également une
dimension sociale et durable.
Jean-Claude Houdoin
Ce catalogue de bonnes intentions me paraît
tout-à-fait louable, mais je pense que notre interlocuteur voulait
aborder le problème de l’harmonisation sociale afin d’éviter une
concurrence déloyale bâtie sur une différence de niveaux de vie, de
systèmes sociaux au sein même de l’Europe.
Il s’agit là d’une véritable difficulté, car il
conviendrait de mener de front à la fois une harmonisation sociale et
une harmonisation fiscale. Par ailleurs je doute que les citoyens des
différents pays soient mûrs pour remettre en cause leur propre système
social. Pour un Suédois, un Danois, un Allemand, un Français, son
système social est le meilleur, je veux bien une harmonisation du
système social à condition que les autres adoptent le mien. Rien n’est
évidemment impossible mais peu réaliste à court terme. Une réflexion
sur le sujet serait néanmoins souhaitable pour définir un plan de
marche d’une harmonisation progressive par étape, avec des points de
passage qui engagent chaque pays dans une convergence. En parallèle,
une réflexion sur la TVA sociale permettant d’atténuer les effets de
concurrence sociale devrait aussi être menée.
Dernière intervention de la salle :
« Vous
avez parlé du régime privilégié des fonctionnaires européens, en
termes de fiscalité et de protection juridique et sociale. Comment
peut-on revenir sur ces avantages exorbitants ? »
Marianne Ranke-Cormier
En effet, le fonctionnaire européen bénéficie
d’avantages importants et en particulier du privilège tout-à-fait
injuste une « immunité
juridique » à vie. La remise en cause de ce privilège est
l’un des combats engagés par « Newropeans ». Cette immunité ne peut être levée qu’à
la demande des autorités judiciaires belges à la Commission qui peut
ne pas l’accepter et ainsi mettre fin à toute action. Franck
Biancheri, président de « Newropeans », s’est personnellement impliqué dans ce
combat et veut que « Les
fonctionnaires de l’UE soient
légalement responsables aux yeux du système judiciaire du pays où
leur institution se trouve. Ils devraient jouir d’un statut
juridique semblable aux fonctionnaires nationaux de ce pays
même ».
Manoubia Debbiche
Je dois hélas mettre fin à ce débat passionnant
pour respecter le timing de notre journée, mais avant je veux surtout
remercier Eusaf de l’avoir
organisé et nos intervenants de conclure en deux mots.
Jean-Claude Houdoin
Ne laissez pas les autres choisir à votre
place : VOTEZ, VOTEZ,
VOTEZ !
Marianne
Ranke-Cormier
Voter NEWROPEANS !
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