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Europe Sans Frontières « Eusaf » est une Association sans but lucratif régie par la Loi 1901

Quelles frontières pour l’Europe

 

 

Si on se place dans la perspective de la ratification du traité de Lisbonne malgré les incertitudes qui planent encore sur les résultats du référendum irlandais et du vote toujours délicat du parlement britannique, l’année 2009 sera celle où l’Europe aura à réfléchir sur les modalités pratiques et progressives de la mise en œuvre du traité de Lisbonne et aussi de la définition des limites frontalières.

 

Le sujet est d’actualité car après l’intégration de la Bulgarie et de la Roumanie à l’Union Européenne, devons-nous poursuivre l’élargissement de l’Europe ? Où devons-nous nous tourner vers de nouvelles formes de coopérations avec le projet Union méditerranéenne ? Notre Association « Europe sans frontières » est au cœur du débat. Cela mérite réflexion et pose le problème des critères d’adhésion, de l’identité européenne et de son élargissement.

 

Les critères d’adhésion.

Pour entrer dans l’Europe, le Conseil Européen de Copenhague des 22 et 23 juin 1993 a déterminé 3 familles de conditions à respecter pour entrer dans l’Union :

 

-                      Disposer d’ « institutions stables garantissant la démocratie, la primauté du droit, les droits de l’homme, le respect des minorités et leur protection ».

-                      Respecter des critères économiques liés à l’ « existence d’une économie de marché viable » et être capable de « faire face à la pression concurrentielle et aux forces de marché à l’intérieur de l’U.E. ».

-                      Assumer les « obligations d’écoulant de l’adhésion », c’est-à-dire le respect des acquis communautaires. La Cour de Justice des communautés européennes a défini  notamment que « Les Etats demandeurs acceptent, sans réserve, les traités et leurs finalités politiques, les décisions de toute nature intervenues depuis l’entrée en vigueur des traités et les options prises dans le domaine du développement et du renforcement des traités ».

 

Ces précisions ont été déterminantes pour cadrer le processus d’adhésion des  futurs Etats membres et en particulier des PECOS (Pays d’Europe centrale et orientale). Pour respecter ces critères, les NEM (nouveaux Etats membres) ont été contraints d’adapter leurs institutions et d’organiser une économie de marché. Pour les populations des pays concernés, cette période a été perçue comme longue et difficile et a introduit le doute sur la volonté de l’Europe de les accueillir.

 

L’Identité européenne existe-t-elle ?

La définition des conditions d’adhésion est insuffisante pour décrire l’identité européenne, il convient de prendre en considération d’autres critères :

 

-                      Le premier est naturellement géographique. Selon ce critère, les pays « frontaliers » dont une partie du territoire est située en Europe et l’autre appartient à une autre entité géographique posent problème. Il y a bien entendu, le cas particulier de la Turquie, mais aussi des pays de l’Est non encore dans l’Union. L’Europe doit-elle aller jusqu’à l’Oural ou jusqu’à Vladivostok ?, La Russie, l’Ukraine, la Biélorussie, la Géorgie ont-elles vocation à devenir européens ? Pourquoi des pays qui appartiennent sans réserve à l’univers européen ne sont-ils pas dans l’Union ?

 

-                      Cette dernière question met en avant un deuxième critère lui aussi déterminant pour faire partie de l’Union Européenne : la volonté d’en devenir membre. Ainsi l’Islande, la Suisse et la Norvège sont européennes mais ces pays ont clairement refusé d’entrer dans l’Union tout en souhaitant être associés par des accords avec l’UE. La « Volonté d’appartenir à l’Union »,  de partager les avantages mais aussi d’accepter les contraintes est à mes yeux essentiels, nécessaires mais non suffisants.

 

-                      Il faut également s’arrêter sur le critère culturel même s’il est difficile à définir dans la mesure où il fait appel à de nombreux sous critères comme l’écriture, la langue, l’histoire commune (faite de guerres et de rivalités, de traités et d’échanges d’hommes, de techniques…), la religion, un patrimoine de valeurs communes. La diversité des langues, des religions, des formations est une richesse pour l’Europe qu’il convient de conserver. Ceci impose que le droit à la différence soit reconnu et défendu dans la mesure où la culture dominante ou la culture la plus dynamique n’exige pas la destruction d’une ou des autres cultures. La tolérance, la liberté d’expression sont des valeurs fondamentales qui excluent le prosélytisme trop marqué. Pour Claude Clanet ([1]) « Il existe pour l’Europe une tradition culturelle et politique commune qui s’est développée à partir de l’Antiquité grecque et romaine et a été relayée par la religion chrétienne, et qui constitue les fondations d’une culture collective… ».

 

L’Europe à 30 ?

La jeune histoire de l’Europe a été marquée par la croissance rapide du nombre de ses membres. Les 6 états fondateurs de 1957 (Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas) sur la base de leur succès ont ouvert l’alliance économique très rapidement (1er janvier 1973) à trois nouveaux pays de l’Europe de l’Ouest (Danemark, Irlande et Grande-Bretagne) puis à la Grèce (1973), l’Espagne et le Portugal (1986), les landers de l’Est avec la réunification allemande (1990) et enfin la Finlande, la Suède et l’Autriche (1995). Cette première phase d’intégration, exception faite de l’ex RDA, regroupait des pays devenus assez proches à économie de marché et à tradition démocratique après la chute des régimes autoritaires de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce. L’Union Européenne était un ensemble homogène composé de populations dont le niveau de vie s’harmonisait progressivement, avec des habitudes démocratiques de plus en plus convergentes. La longue histoire des conflits, des guerres que ces pays avaient entretenue pendant des siècles prenait fin.

 

La chute du mur et l’effondrement de l’U.R.S.S. ont précipité une nouvelle ouverture sur laquelle il faut revenir un instant. La perspective d’un nouvel élargissement devenait une formidable opportunité d’étendre une zone de paix à condition toutefois de gérer l’évolution de ces pays que le communisme avait séparés pendant près d’un demi-siècle. Cependant l’héritage du communisme est lourd, non seulement du point de vue économique mais aussi du point de vue des mentalités. Comme le dit Richard Backis ([2]) « Intellectuellement, les acteurs des pays d’Europe Centrale et Orientale savent qu’il faudrait se débarrasser de réflexes hérités du soviétisme ; en pratique ils font comme avant… ».

 

Pour répondre aux critères du Conseil européen de Copenhague de 1993, les pays candidats ont entrepris un travail de refonte du système législatif, d’organisation de la vie politique et créé les conditions d’une économie de marché. Dans la mesure où la reprise de l’acquis communautaire exigeait des investissements particulièrement lourds, des périodes de transition ont été négociées par les pays candidats dans les domaines de l’environnement (à la demande des nouveaux entrants), de la libre circulation des personnes et des travailleurs (à la demande des Etats membres qui craignaient un afflux d’émigrants). Les négociations d’adhésion se sont achevées le 31 décembre 2002 pour les 10 premiers pays candidats (Estonie, Lituanie, Lettonie, Pologne, Hongrie, Slovaquie, République Tchèque, Slovénie, Malte et Chypre) et le 14 décembre 2004 pour la Bulgarie et la Roumanie. Depuis le 1er janvier 2007, l’Union Européenne comprend 27 membres ([3])

 

Pour les Balkans, en dehors de la Slovénie, les conflits ethniques qui se sont développés dès l’éclatement de l’ancienne Yougoslavie ont gelé le processus. Si la paix est revenue, les tensions sont encore vives comme le montre l’indépendance du Kosovo contestée par la Serbie. Une entrée dans l’Union n’est concevable que dans un climat de paix. L’Union Européenne fait une subtile distinction entre les pays qui ont entamé des négociations d’adhésion (Croatie et Turquie), les pays candidats (Ancienne République Yougoslave de Macédoine) et les candidats potentiels (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro et Kosovo sous réserve que ce dernier soit reconnu par les 27 Etats membres de l’Union).

 

Le cas particulier de la Turquie mérite un débat, car les si les Etats membres ont donné leur accord pour entamer des négociations, certains sont très réticents et souhaiteraient élaborer des accords d’association et non une adhésion.

 

Avec les autres états frontaliers situés à l’Est (Ukraine, Arménie, Georgie, Kazakhstan, Kirghizstan, Moldavie, Ouzbékistan) ou sur le pourtour méditerranéen (Maroc, Égypte, Tunisie, Jordanie, Liban, Israël, Algérie, la Syrie) des accords  d’association ont été signés et devront être approfondis avec le projet d’Union méditerranéenne.

                                                                                                                                            Jean-Claude HOUDOIN

 

[1] Richard BACKIS ambassadeur honoraire de Lituanie dans un entretien accordé à Pierre VERLUISE et retranscrit dans « Une nouvelle Europe »  – Publié dans la Collection Tropique Karthala en 2006< ;

[1] Voir la carte de l’Europe  établie par le Ministère des Affaires étrangères par le lien suivant : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/swf/carte.swf

 

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Copyright Abdel ATEB © Juin 2004



[1]Claude CLANET, Professeur émérite de psychologie de l’éducation, IUFM de Midi-Pyrénées, auteur de « Construire une citoyenneté européenne » – Presses Universitaires du Mirail

[2] Richard BACKIS ambassadeur honoraire de Lituanie dans un entretien accordé à Pierre VERLUISE et retranscrit dans « Une nouvelle Europe »  – Publié dans la Collection Tropique Karthala en 2006< ;

[3] Voir la carte de l’Europe  établie par le Ministère des Affaires étrangères par le lien suivant : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/swf/carte.swf